Ce concert était épuisant. Physiquement. Le voyage avait été éprouvant lui aussi, surtout pour lui, qui a peur en avion. Heureusement le vol était court, sinon il ne l'aurait pas supporté. Il repense à ce merveilleux moment, lors du concert, où des centaines de feuilles en papier noires portant en rouge les signes « <3 » ont été levées par les fans. C'est dans ces moments-là qu'un sentiment d'accomplissement, de plénitude les enveloppe, tous les trois, les portant plus haut qu'on ne pourra jamais l'imaginer, leur faisant réaliser une musique magnifique, comme un cri du c½ur.Un éclatement de joie éclabousse leurs fans, béas devant une telle perfection, ressentant et amplifiant cette émotion partagée. Un sourire se dessine sur son visage. La satisfaction qui succède à ce moment si éphémère se lit encore dans ses yeux. Ses paupières se baissent, il va s'endormir, s'envoler vers des rêves plus beaux encore que celui qu'il vit au quotidien. La limousine noire ralentit, sûrement pour s'arrêter à un feu rouge. Mais bizarrement, une portière s'ouvre, et un autre, puis une troisième. Chaque claquement apporte un peu de l'air froid, ce qui le fait frissonner. Le dernier bruit le réveille tout à fait, le mettant de mauvaise humeur. Il sort du véhicule en grommelant. La fraîcheur de la nuit le surprend, il tressaille et resserre les pans de sa veste autour de sa poitrine. Ses yeux mettent quelques secondes à s'habituer à la pénombre régnante. Il avise un autre jeune homme, quelques pas devant lui et l'interpelle : « Eh Johannes ! Qu'est-ce qui se passe ? » « Ah ! Tu es réveillé ? » « Oui. » « Le chauffeur s'est arrêté pour la laisser traverser, déclare-t-il en désignant le sol devant la voiture. Il marque une pause et remet en place sa mèche de cheveux buns qui lui tombe dans les yeux, qu'il n'a pas encore démaquillés. Et, au milieu de la rue, elle s'est écroulée. » Il le rejoint, et là, dans la pâle lueur des phares, il découvre une frêle silhouette de jeune fille, allongée sur le dos au milieu de la chaussée, blanches comme un linge. En voyant ses yeux clos et ses lèvres bleutées par le froid, une vieille image refait surface dans sa tête, il tressaille et recule d'un pas, mais il s'approche à nouveau, comme attiré par un aimant invisible vers ce corps. « Qu'est ce qu'on fait ? » questionna le brun, tout pâle lui aussi. Un troisième jeune homme, blond et bouclé, contrairement aux deux autres qui avaient les cheveux soigneusement lissés, s'approcha : « Il faut la mettre au chaud !Viens m'aider Johannes et toi Fabian, reste pas planté là ! Ramasse son sac ! » Le maquillé et le blond s'approchent de la silhouette sombre, et aidés par le chauffeur, la soulèvent doucement. Le troisième, maugréant encore quelques paroles inaudibles, se penche vers le sac à main dont le contenu est éparpillé au sol et rassemble vite le tout en veillant à ne rien oublier. Quand il remonte dans la limousine, il sursaute de stupeur et de contrariété. Le blond a allongé la fille sur la banquette de gauche. Sa banquette. Comme elle ne prend pas toute la place, mâle allongée de tout son long, il reste un léger espace. Il essaye de s'y glisser, sans succès. La tête de l'inconnue lui rentre dans la cuisse. Alors doucement, pour ne pas la réveiller, il la soulève et dépose délicatement la tête endormie sur ses genoux. La voiture redémarre sur les ordres du blond qui demande que l'on s'arrête à l'hôpital le plus proche. Les deux grands discutent à voix basse. Se sentant exclu, le dénommé Fabian contemple le visage reposant sur ses jambes. *Quelconque.* Ni très belle, ni moche. Ses grands cheveux noirs semés de mèches bleues nuit s'étalent sur son front et ses joues. Il les écarte pour voir plus aisément ses yeux brun vert soulignés d'un épais trait de crayon noir et son nez en trompette. Sa bouche ne porte pas de trace de gloss ni de rouge à lèvres. Ses joues blêmes trahissent une absence de blush. *Ouf, ce n'est pas une pouf pouf.* « Regarde ! Elle était au concert ! » Il sort de sa contemplation et lève les yeux vers le blond. « Comment tu sais ça ? » « Elle a un billet, elle a même un autographe de toi Johannes ! » Ce dernier se lève de son siège et s'approche de la banquette. Il se penche sur le visage endormi et murmure « Charlotte. Je me souviens de ses cheveux. » Le blond s'avance, lui aussi et déclare tout en examinant la jeune fille à son tour : « Si tu écrivais mieux, j'aurais pu lire son nom sur le billet... »Son visage change brusquement d'expression. Fabian le regarde droit dans les yeux et y déniche une lueur de stupeur. « Quoi ? Qu'est ce qu'il se passe ? » « J'ai pris une photo avec elle, c'est vrai que ses cheveux sont reconnaissables. » C'est à ce moment-là, où les trois garçons sont penchés sur elle, que la jeune fille ouvre les yeux. « Ca va mademoiselle ? » Elle ne paraît pas les comprendre. « Elle ne doit pas parler allemand Mäx ! » « J'essaie en anglais ! » Cette fois-ci, la fille hoche la tête. « Tu es Charlotte, c'est ça ? » Nouveau hochement. « Moi, c'est Mäximilian, lui, ajoute-t-il en désignant le maquillé, c'est Johannes et ton oreiller personnel, c'est Fabian. » Elle se redresse brusquement et, à leur grande surprise, elle parle en allemand. « Je suis désolée d'être tombée comme ça, j'ai dû vous faire perdre du temps. » Fabian la regarde, comme hypnotisé par ces lèvres qui parlent si bien sa langue maternelle. Johannes sent son malaise et brise le silence. « C'est rien, on t'emmène à l'hôpital, tu t'es peut-être fait mal ! » A l'énonciation du mot “hôpital”, la jeune fille réprime un mouvement de panique. Elle allonge le bras pour attraper son sac. « C'est bon, c'était juste de la fatigue, je vais rentrer à l'hôtel. » « On te dépose, c'est peut-être sur notre route ! » »Nan je vais prendre un taxi, je ne veux pas vous déranger. » « Tu ne nous déranges pas. » Mais elle a déjà ouvert la portière, la limousine s'étant arrêtée à un feu rouge. Cependant, une main l'arrête. Celle de Fabian. Il ne sait pas pourquoi il fait ça. « Reste ! » « Non ! » Elle se dégage et sort. La limousine redémarre, laissant la jeune fille seule sur le trottoir.